Préparer son logo pour le marquage : formats, vectorisation et couleurs

Vous avez validé le produit, la quantité et le budget. Le projet peut démarrer. Sauf que le fournisseur vous redemande votre logo, parce que celui que vous avez envoyé ne permet pas de produire le marquage. Trois jours de perdus, parfois une semaine.

C’est l’un des retards les plus fréquents sur un projet d’objet publicitaire, et l’un des plus évitables. Voici ce qu’il faut préparer en amont, et pourquoi.

Vectoriel ou bitmap : la seule distinction qui compte

Une image bitmap, aussi appelée matricielle, est une grille de pixels. Un JPEG, un PNG, une capture d’écran. Agrandissez-la, elle devient floue, parce que les pixels grossissent avec elle.

Une image vectorielle, elle, ne contient pas de pixels mais des formes décrites mathématiquement : des courbes, des points, des surfaces de couleur. Elle peut être agrandie à l’infini sans jamais perdre en netteté.

Le marquage exige du vectoriel pour une raison mécanique : les machines ne reproduisent pas une image, elles suivent un tracé. Un écran de sérigraphie, une tête de gravure laser, une aiguille de broderie ont besoin d’un contour, pas d’une grille de pixels.

Les formats à fournir

  • .AI : fichier natif Adobe Illustrator, le format de référence
  • .EPS : format d’échange vectoriel universel, lisible par tous les ateliers
  • .PDF vectoriel : parfaitement exploitable, à condition qu’il contienne bien des tracés et pas une image collée
  • .SVG : format web vectoriel, accepté dans la plupart des cas

Les formats qui ne conviennent pas

  • .JPG, .PNG, .GIF, .BMP : bitmap par nature, quelle que soit leur définition
  • Un logo extrait d’un PowerPoint ou d’un Word : quasiment toujours une image compressée
  • Une capture d’écran de votre site : le cas le plus courant, et le plus problématique
  • Un PDF contenant une image : le format du conteneur ne dit rien de son contenu

Comment savoir si votre logo est vectoriel

Deux vérifications rapides, sans logiciel professionnel :

Le test du zoom. Ouvrez le fichier et zoomez à 800 %. Si les contours restent parfaitement nets, c’est du vectoriel. Si vous voyez apparaître des carrés ou un flou sur les bords, c’est du bitmap.

Le test du poids. Un logo vectoriel simple pèse généralement quelques dizaines de kilo-octets. Un fichier de plusieurs mégaoctets pour un logo est presque toujours une image haute définition, pas un tracé.

Si vous n’avez que du bitmap

La vectorisation consiste à redessiner le logo en tracés. Deux méthodes :

  • La vectorisation automatique, proposée par certains logiciels. Rapide, mais le résultat est rarement propre : contours tremblés, points superflus, couleurs approximatives. Acceptable pour une forme simple, à proscrire pour un logo avec du texte.
  • La vectorisation manuelle par un graphiste. Comptez une à deux heures de travail. C’est un investissement fait une fois pour toutes, réutilisable sur l’ensemble de vos supports.

Dans tous les cas, la bonne réflexe est de récupérer le fichier source auprès de la personne ou de l’agence qui a créé votre identité visuelle. Il existe presque toujours.

Les couleurs : Pantone, CMJN, RVB

Trois systèmes coexistent, et ils ne servent pas à la même chose.

Système Usage En marquage
RVB Écrans Inutilisable, à convertir
CMJN Impression quadrichromie Pour les marquages en quadri
Pantone Encres en teinte pure Référence pour sérigraphie, tampographie, marquage à chaud

Le Pantone est un nuancier normalisé : chaque teinte porte un numéro, et l’encre est composée pour correspondre exactement à ce numéro. C’est le seul moyen d’obtenir le même bleu sur un stylo, une casquette et un sac, produits dans trois ateliers différents.

Une précision souvent oubliée : un même Pantone existe en version Coated (suffixe C, support couché brillant) et Uncoated (suffixe U, support mat ou poreux). Le rendu diffère sensiblement entre les deux. Si votre charte ne précise que le numéro, demandez à votre graphiste laquelle des deux fait foi.

Le réflexe utile : notez vos références Pantone une bonne fois pour toutes, et transmettez-les systématiquement avec le fichier. Cela évite au fournisseur d’avoir à interpréter une couleur, et à vous de découvrir au BAT que votre bleu a viré au turquoise.

Le nombre de couleurs pilote le coût

Chaque couleur d’un marquage en teinte pure nécessite son propre outil, son propre passage machine, et donc ses propres frais fixes. Passer d’un logo bicolore à un logo monochrome peut réduire la facture de 30 à 40 % sur une petite série.

D’où un conseil qui vaut pour toutes vos opérations : faites préparer une déclinaison monochrome de votre logo, en noir et en blanc, en plus de la version couleur. Elle vous servira en permanence, et pas seulement pour des raisons budgétaires. Sur des stylos BIC personnalisés ou des badges personnalisés, la surface disponible est trop réduite pour qu’un logo multicolore reste lisible.

Ce que chaque technique accepte

Technique Couleurs Dégradés et photos Point de vigilance
Sérigraphie 1 à 4 teintes pures Non Traits fins à éviter sous 0,3 mm
Tampographie 1 à 4 teintes pures Non Petites surfaces, lisibilité limitée
Gravure laser Monochrome Non La couleur dépend du matériau, pas de l’encre
Broderie Fils, teintes limitées Non Le plus contraignant, voir ci-dessous
Quadri, DTF, sublimation Illimitées Oui Rendu variable selon la couleur du support

Le cas particulier de la broderie

La broderie mérite une attention à part, parce qu’elle impose les contraintes les plus fortes. Le motif est reconstitué point par point avec du fil, ce qui rend impossibles les dégradés, les ombres portées, les traits très fins et le texte de petite taille. En pratique, comptez une hauteur minimale de 4 à 5 mm pour une lettre, sous peine d’obtenir une bouillie de fil.

C’est le cas typique où une version simplifiée de votre logo s’impose. Sur des casquettes personnalisées ou du textile destiné aux équipes RH pour un welcome pack, un monogramme ou une signature réduite donne un bien meilleur résultat que le logo complet compressé.

Les quatre pièges classiques

  1. Les dégradés. Superbes à l’écran, impossibles en teinte pure. Prévoyez une version à plat.
  2. Les ombres portées et les effets de relief. Ils n’existent pas en sérigraphie ni en gravure. Ils seront supprimés ou mal interprétés.
  3. Le texte trop petit. Un slogan en corps 6 lisible sur une plaquette devient illisible sur un porte-clés. Évaluez votre logo à la taille réelle du marquage, pas à l’écran.
  4. Les polices non vectorisées. Si le texte reste du texte et non des tracés, l’atelier qui ne possède pas votre police obtiendra une substitution automatique. Demandez toujours que les polices soient converties en courbes.

Le bon à tirer : ce qu’il faut regarder

Le BAT est la maquette soumise avant lancement. Cinq points à contrôler, dans cet ordre :

  • Les références de couleur correspondent bien à vos Pantone
  • Le logo est positionné dans la bonne zone, à la bonne échelle
  • Le texte est complet et correctement orthographié, y compris les mentions secondaires
  • Les proportions du logo n’ont pas été déformées
  • Les dimensions du marquage sont indiquées en millimètres

Validez sous 48 heures. Un BAT qui traîne dans une boîte mail décale toute la production d’autant, ce qui devient critique quand la livraison doit précéder un salon ou une foire professionnelle à date fixe.

Constituez votre kit de marquage

Le meilleur investissement consiste à réunir une bonne fois pour toutes un dossier que vous transmettrez tel quel à chaque nouvelle commande :

  • Le logo vectoriel en .AI ou .EPS, polices converties en courbes
  • Une déclinaison monochrome, noir et blanc
  • Une version simplifiée pour les petites surfaces et la broderie
  • Les références Pantone, en précisant Coated ou Uncoated
  • Une note sur les usages interdits : couleurs à ne pas utiliser, déformations, fonds proscrits

Une ou deux heures de graphiste, une fois. Ensuite, chaque projet démarre sans friction, que vous commandiez des lingettes microfibre en impression quadri ou du textile brodé.

Et si vous n’avez vraiment que votre logo en PNG, dites-le dès le premier échange plutôt qu’au moment de la commande. La vectorisation se prévoit facilement quand elle est anticipée, beaucoup moins quand elle s’ajoute à un planning déjà tendu.